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  • Accès : l'arceau de la Cadène au départ de la rue de la Cadène, en son sommet, c'est à dire au niveau de l'intersection avec la rue Guadet.

Tout le monde vous le dira : le curieux arc pittoresque de la cadène qui se jette entre les deux murs d’imposantes bâtisses, c’est tout ce qu’il reste de la septième porte de la ville. Seule porte qui soit bâtie intra muros, sa fonction fut de séparer la ville haute de la ville basse en cas d’invasion. On la nommait porte de la Cadène car elle se fermait par une chaîne (catena en latin).

Si cette explication, très largement adoptée, a le mérite de la cohérence, en revanche elle n’a pas celui de l’authenticité.

L'arceau de la Cadène L'arceau qui laisse perplexe sur une photo du début du XXe siècle. Cliché : Librairie des Colporteurs.

Dans des travaux récents [1] sur le développement urbanistique de la cité au cours des siècles, Ezechiel Jean-Couret propose un tracé d’enceinte sur la partie basse de la ville, qui préexistait à celui plus vaste entrepris pour l’enceinte englobante de réunion (XIIe-XIIIe siècle) qui correspond aux remparts actuels. Cette enceinte primitive pourrait justifier la présence d’une porte à cet endroit et le fait que l’arc s’appuie à droite sur une maison qui a de fortes caractéristiques du XIVe siècle, rend possible sa construction à cette période antérieure. En revanche, si la porte a été construite au moment de l’édification de l’enceinte de réunion, cela implique une intention formelle de séparer les deux parties de la ville. Or, à ce jour, nulle part on ne trouve une preuve historique d’une volonté de scission entre la ville haute et la ville basse[2], qui plus est avec une chaîne.

Pour Louis Serbat[3] cet arc est, par ailleurs, beaucoup trop haut pour jamais avoir eu de vantaux fermant le passage et pour Léo Drouyn[4], cet arc est tout sauf une porte : «Une grande arcade ogivale fort pittoresque dont il m'a été impossible de deviner l'utilité, à moins que ce ne soit pour permettre de communiquer de la Commanderie avec une autre maison fort ancienne située de l'autre côté de la rue, et dans laquelle se trouvent des voûtes en berceau assez curieuses. » Du coup, la communication de tous ces bâtiments (actuelle commanderie, maison de la Cadène et maison en face) forme un immense complexe urbain dont la fonction reste encore mystérieuse. Louis Serbat voit une piste à suivre dans le chemin de ronde : ce chemin de ronde bordé d’un parapet et flanqué d’une échauguette sur la commanderie devait se poursuivre par la maison de la Cadène puis d’autres bâtisses via l’arceau. On serait ici en présence d’un système de défenses intérieures de la ville.

Quant à l’hypothèse de la chaîne barrant la circulation, si Serbat la discute, Drouyn ne la retient même pas. L’emplacement porte tout simplement le nom de son propriétaire. Et Léo Drouyn de le prouver avec un acte de concession daté de 1291, consigné dans les Rôles gascons. Dans ce document, il est cédé à Guillaume Renauld de la Cadène un emplacement appelé Porte de la Cadène[5]. Albert Dauzat atteste cette utilisation nominale de Cadène à l'occasion de l'étude toponymique de Cadouin, dont il fait remonter l'origine au nom d'homme gallo-roman "Catonius". Par ailleurs, il propose aussi le nom provençal du genévrier, cade, comme piste probable. On le voit bien, la chaîne, obstacle barrant qui n'arrête pas grand chose, n'est jamais qu'une hypothèse parmi d'autres.


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Notes

[1] Lors du colloque Ausonius tenu en décembre 2008 à Saint-Emilion.

[2] Compte tenu de la feuillure, ce serait la ville haute qui se protégerait de la ville basse par des portes. Difficilement soutenable.

[3] Louis Serbat, Saint-Emilion, p. 42. Voyez la bibliographie.

[4] Léo Drouyn, Guide du voyageur, p. 137. Voyez la bibliographie.

[5] « De placea et pertinentiis in loco vulgariter appelato Porta de la Cadena concessa Guillelmo Reginaldi de la Cadena Burgensi sancti Emiliani. »