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  • Accès : on pénètre dans le cloître soit par la nef de l'église collégiale soit par une discrète porte en bois dans l'office du tourisme.

Il faut marcher lentement et laisser son imagination se nourrir du souffle du cloître. Chaque pas que vous faîtes rythme le dernier sommeil des chanoines qui reposent sous les dalles funéraires des galeries depuis des siècles et des siècles. Le cloître est orienté sur le coté méridional de l’église, vers le midi (au sud), exposition qui rend le lieu agréable en plusieurs heures de la journée. Certes, en hiver, le cloître devient glacial comme l’haleine des ténèbres. Tout le long du mur contigu à la nef de la collégiale vous verrez un banc de pierre : c'est dans cette partie du cloître que se tenaient les moines les jours de pluie et de frimas. C'était leur promenoir d'hiver.

Le cloître forme un carré composé de galeries de 30 mètres chacune environ sur 4 m 50 de large. Ces galeries encadrent un préau dont elles sont séparées par de jolies arcades ogivales qui reposent sur une double rangée de colonnettes grêles. De l’autre côté, dans un extérieur baigné de lumière céleste, le jardin et une croix en son centre. Enfermer le jardin à l’écart du vaste monde est un programme à très forte symbolique. Le jardin clos, c’est l’Eden de la Genèse, le paradis. Il s’agit pour les moines de la seconde moitié du XIIIe siècle de recréer ici un jardin calme, harmonieux, ordonné, hors d’atteinte de la perversion de la cité. Ce lieu est une tentative de regagner l’idéale pureté d’un premier jour.

Le Cloitre sous la neige Le cloitre en hiver, quand la neige lui donne une allure catalane. Cliché : Librairie des Colporteurs.

Cette recherche d’absolu débuta avec un premier cloître, bâti à la fin du XIIe siècle, en même temps que l’église et que le portail nord. On en connaît l’existence par ces arcades en plein cintre que vous croiserez, aujourd’hui murées et ornées d’étoiles ainsi que par la porte qui rejoint l’église. Une autre porte flanquée de deux baies géminées de chaque côté[1] indique l’entrée de la salle capitulaire. C’est de ce coté aussi que se trouvaient les appartements et les vastes dépendances du chapitre avec, au fond, le puits du couvent.

Il est possible de passer de l'autre côté de ce mur et voir les vestiges de ce qui fut la partie la plus prestigieuse des bâtiments conventuels. Il ne reste pas grand chose de spectaculaire, hormis une chapelle fermée et oubliée de tous. Voici comment faire : sortez du cloître par l'office du tourisme (probablement l'ancien refectoire) et descendez la rue du clocher jusqu'au bar à vin et restaurant L'Envers du décor. Entre ce lieu devenu incontournable et la librairie sur sa droite existe un passage qui mène jusqu'à une cour intérieure. Ici, vous êtes exactement de l'autre coté du cloître et peu de visiteurs en ont conscience. Déguster un verre à l'ombre de ces vénérables murs, laisser le temps arrêter sa course et s'imprégner de la nostalgie romantique des ruines est un agréable instant de plaisir.

Dans le cloitre vous remarquerez aussi un couloir qui communique avec la place du clocher. Jadis, à partir du XIXe siècle, on ouvrait ses portes le dimanche pour permettre aux habitants d’accéder à l'église devenue paroissiale. Ce couloir, dont les deux arcades d'entrée et de sortie paraissent très anciennes, a dû toujours exister. Autrefois, il permettait aux religieux cloîtrés d'aller prier et méditer au cimetière voisin surplombant la ville, situé alors au pied même du clocher.

Preche avant la croisade Pierre l'Ermite préchant la croisade, d'après une gravure de Gustave Doré. Sans doute le mystérieux chevalier du cloître est dans l'assistance. Cliché : Librairie des Colporteurs.

Le mur de la galerie méridionale est peuplé de tombeaux d'une grande richesse qui donnent à cette partie un aspect monumental. Un univers fantastique s’élève en arc au dessus des cavités : feuilles et fleurs, petits animaux et anges, Vierges sages tenant leurs coupes, Vierges folles renversant les leurs... Dans l’un des enfeus[2] au dessus duquel un dragon crache sa flamme, on remarque une statue couchée d'un chevalier du moyen-âge avec sa cotte de maille, son épée à la ceinture et son bouclier protecteur sur lequel rampe un lion. Pour Emilien Piganeau[3], c’est le costume d’un Croisé et pour Emile Prot[4], ce Croisé n’est autre qu’Olivier, Comte de Castillon. Lorsqu’on a placé cette statue sur le tombeau, on s’est aperçu qu’elle était trop longue. Les sculpteurs n’ont pas trouvé meilleure solution que de la mutiler pour pouvoir l’introduire dans l’enfeu.

Procession de la Chandeleur Les étapes de la procession de la chandeleur telles que, peut-être, elles se pratiquaient dans ce cloitre. Planche de Bernard Picart extraite du second tome des Cérémonies et Coutumes Religieuses de tous les Peuples du Monde. Cliché : Librairie des Colporteurs.

Le Cloître, comme le reste de l’église, était peint mais malheureusement le temps a fait son œuvre. On distingue ici la peinture rouge des petites fleurs d’un enfeu, là les restes d’une crucifixion (galerie sud). Les vestiges de peintures murales vraiment remarquables sont dans l’enfeu près de celui où on a percé une porte (fermée) donnant dans l’église. On y distingue nettement une Vierge tenant chandelle et, dans son voisinage, un évêque triste en procession, un Christ blond, un saint (Jean ?) aux chandeliers. Ces peintures ont bien été décrites par leur restauratrice, Rosalie Godin[5] : « Ces chandelles sont probablement des références à la fête de la Chandeleur, qui comportait une procession pendant laquelle les protagonistes portaient ces luminaires. Cette fête est souvent mise en relation avec des ensevelissements dans la peinture murale du XIIIe et du XIVe siècle. D'une manière plus générale, la présence de la chandelle éteinte est mise en relation avec la mort du chrétien, tandis que sa flamme allumée symbolise la résurrection. »


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Notes

[1] Il n’en reste qu’une portion à droite de la porte.

[2] Un enfeu est une tombe encastrée dans l'épaisseur du mur d'un édifice religieux.

[3] Voyez la bibliographie.

[4] Voyez la bibliographie, p. 41.

[5] In Michelle Gaborit, Peintures murales médiévales de Saint-Emilion, p. 69 & ss. Voyez la bibliographie.