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  • Accès : la collégiale est l’église qui se situe sur le haut Saint-Emilion, derrière l’office du tourisme.

C’est « une des plus vastes et des plus intéressantes églises de la Gironde » selon Léo Drouyn[1], « un des beaux monuments du XIVe siècle » selon Maurice Graterolle [2] et on ne pénètre pas dans l’église de Saint-Emilion sans ressentir une certaine solennité, une évidente grâce et une impression de puissante harmonie.

Aujourd’hui, elle semble un peu vide. Mais lorsque le Père Emeric de Rozières y célèbre des offices, la collégiale reprend vie et s'anime de sermons inspirés et de chants accompagnés à l'orgue romantique. On peut alors imaginer l'église aux heures des grands fastes, lorsque les peintures couvraient tous les murs, rivalisant de beauté avec les riches moulures du choeur. Là s’avançaient dans un spectacle majestueux les chanoines revêtus de leurs habits de dignitaires. Et parmi eux, que de grandes figures historiques et religieuses ! Le cardinal Gaillard de la Mothe, proche du Pape, Arnaud de Pontac[3], François et Henri de Sourdis[4], Louis de Bassompierre[5], Jean-Baptiste de Reims[6]...

Les Grands travaux

Jusqu’au XIIe siècle, les religieux officiaient dans l’église souterraine et ils ne possédaient sur le haut du plateau qu’une petite chapelle. Puis une importante opération d’urbanisme est mise en oeuvre qui redessine une grande partie de la physionomie de la cité. Ce monumental chantier s’articule autour de la collégiale et a pour vocation non seulement à déplacer le lieu de culte du bas vers le haut de Saint-Emilion mais aussi à faire naître un tout nouvel ensemble urbain : la ville haute.

Les religieux bâtirent sur ce plateau non seulement l’église et plus tard son cloître, non seulement un complexe conventuel avec magasins, celliers, salles d’hôtes, parloir, réfectoire, cuisines, diverses salles dont une salle capitulaire, des dortoirs, des cellules, le tout formant ce que l’on appelle le Doyenné, non seulement ils édifièrent la chapelle du Chapitre, non seulement ils créèrent un cimetière privé sur les terrasses autour du clocher et du Plaisance, mais en plus ils redessinèrent les voies de communication autour de la collégiale en direction de Montagne, Pomerol, Libourne, ils établirent un pôle commercial nouveau avec la place du marché (place Mercadieu) et ils lotirent tout l’espace entre le Palais cardinal et la collégiale. C’était le nouveau secteur du pouvoir spirituel, politique et économique, un quartier chic et urbain.

La Collégiale au XIXe siècle La collégiale au XIXe siècle avec le clocher à l'arrière plan. Vendue comme bien national pendant la Révolution, elle ne trouva pas d'acquéreur, les travaux de réfection étant trop élevés. Le mur que l'on voit sur la photographie a été démoli depuis.

On suppose que l’impulsion de ce phénoménal chantier fut donnée par Arnaud Guiraud de Cabanac en 1110 qui voulait reprendre en main la gestion de Saint-Emilion, à la fois convoitée par le Comte de Castillon et entamée par les moeurs dissolus des religieux. Il plaça ses derniers sous la direction d’un abbé et sous la règle de saint Augustin qui prétend, entre autre, que la fréquentation des femmes en vue du plaisir et de la paternité est un obstacle à l’élévation de l’âme. Il confia probablement l’église à ce collège de chanoines disciplinés d’où son nom de collégiale. Il est difficile cependant d’attribuer avec certitude à Arnaud Guiraud la conception de l’église. Juliette Masson, doctorante à l’Université de Bordeaux, pense que c’est surtout à son successeur, l’archevêque de Bordeaux Geoffroy de Loroux, que l’on doit la collégiale.

Quoi qu’il en soit le chantier a été long et les plans ont été modifiés à diverses époques. Toute la partie de la nef, le début de l’église, est du XIIe siècle. Le reste est un mélange de styles du XIIIe au XVIe siècle, et présente un vrai écheveau que Léo Drouyn puis Michelle Gaborit démêlent avec patience dans leurs ouvrages respectifs indiqués dans la bibliographie.

Sachant cela, nous vous proposons un petit défi. Placez-vous face au portail de l’église, observez l’angle droit, puis l’angle gauche. Les deux côtés de l’église sont assez différents, le côté droit est plus important avec une niche décorée alors que le côté gauche parait tronqué. On distingue un départ d'une voussure et un début de listel, comme sur la partie intacte à droite. A vous de mener l’enquête, de bien observer les indices autour de vous et de tenter de trouver ce qui justifie une telle différence.

...

Voici la réponse. Si on se place à l’angle gauche et qu’on observe la muraille de chaque coté, on remarque que cet angle était pile dans l’alignement, donc que les remparts venaient toucher le mur de l’église et que le clocher servait de tour défensive. C’était plutôt une bonne idée, sauf que si vous étiez place Pioceau au moment où sonnaient les cloches pour appeler les fidèles à l’office, vous deviez faire tout le tour du quartier pour entrer dans l’église. Les remparts contre l’avancée de l’église barrant l’accès au portail, il vous fallait contourner l’église et les bâtiments conventuels pour prendre place essoufflé sur les bancs. Un jour, les Saint-Emilionnais en ont eu marre de galoper et ils auront défoncé l’angle pour se frayer un passage.

Plus simplement, on peut aussi imaginer que l'église fut construite avant l'enceinte englobante et que, frappé d'alignement sur le tracé rejoignant le Palais Cardinal, on dut détruire cette partie de la façade.

Consacrons quelques minutes à observer les grands arcs de cette porte qui ont conservé leur belle ornementation XIIe : des feuilles d’acanthe qui jouent avec la lumière, des palmettes [7] et des fleurs de tulipe. Ces motifs dénotent une forte influence romane venue de la Saintonge.

Ne manquez pas de vous placer contre la colonne, sous la bouche ouverte du Grand'Goule, à droite du portail. Les Saint-Emilionnais lui accordent une vertu puissante, semblable à celle du monstre qui servait aux curieuses processions de rogations à Poitiers : celle d'aspirer les pensées impures et autres miasmes démoniaques stagnant dans l'âme des chrétiens. Ainsi quiconque veut pénétrer purifié dans la collégiale, doit passer à proximité de la Grand' Goule qui lavera son âme de toutes souillures. En vérité, la fonction de cet engoulant[8] reste indéterminée. Thématique lapidaire romane, on trouve des figures semblables sur le portail de l'église de Saint-Hilaire-la-Croix (XIIe, Puy-de-Dôme), de Civray (XIIe, Vienne), Echillais (XIIe, Charente Maritime), Bernay-Saint-Martin (XIIe, Charente Maritime), Saint-Romans-lès-Melle (XIIe, Deux-Sèvres), Saint-Martial de Loulay (fin XIe-XIIe, Charente Maritime), etc[9]. Peut-être d'inspiration asiatique, le Grand'Goule met en garde contre l'impiété et le doute : chaque chrétien, pilier de l'église, est potentiellement un "avaleur du temple". Cette figure grotesque, à chaque fois différente d'une église à l'autre, fait office de monstre local sympathique, comme une part de soi-même dont le croyant se moque gentiment et qu'il laisse sur le perron de l'église.

Avant de pénétrer dans l’église, un autre portail mérite notre attention, vous le trouverez sur le flanc gauche de la collégiale. Il a sans doute été percé lors la construction du cloître au commencement du XIVe siècle car le portail, comme on l’a vu, offrait peu de recul à cause du mur d'enceinte. Ce second portail de style gothique est lui aussi très fleuri de feuilles de vigne, de lierre ou de figuier mais l’ensemble a été grandement mutilé par les siècles et par la Révolution. Les douze niches vides contenaient douze statues qui étaient certainement les apôtres et le trumeau central[10] devait accueillir le Christ à la place de l’actuelle statue du pape Clément V. Sur le tympan, on retrouve le Christ encadré d’une légion d’anges. Il envoie les bons chrétiens au paradis sur la droite et les mauvais mortels en enfer dans la bouche du monstre sur la gauche. Les voussures au dessus sont très abîmées. La dernière pourrait raconter la création du monde.

Code Collégiale

Pour qui sait lire les codes de la symbolique religieuse, cette église est un vrai régal. Voici quelques exemples à remarquer[11] :

  • Le choeur ne continue pas dans la droite lignée de la nef, il s’incline fortement vers le sud, comme si l’église était attirée par un aimant. Ceci est particulièrement visible si vous vous placez sur les marches du choeur et que vous observez l'alignement des dalles au sol en visant la porte. Ce n’est ni un hasard ni une erreur de construction mais une interprétation architecturale d’un passage de l’Evangile de saint Jean : « ponens caput expiravit », c'est-à-dire « Penchant la tête, il expira. » qui décrit la mort du Christ sur la croix. Ici, l’église est (aussi) le Christ.
  • Chaque coupole byzantine de la nef symbolise la voûte céleste. Le fait qu’elles soient deux est déconcertant car on s’attendrait à en voir au moins trois pour honorer la trinité. Léo Drouyn a démontré que les lourds piliers du porche sont conçus pour supporter un poids plus important que celui du clocher actuel. Il a aussi souligné la reconstruction du clocher : on voit bien à l’extérieur que seul son départ est XIIe. Tous ces indices laissent supposer qu’un haut clocher roman s’est écroulé à une époque que les annales n’ont pas retenue et que sa chute a entrainé la destruction de la première travée qui a été reconstruite plus tard sur voûtes. Voilà où est sans doute passée la troisième coupole[12].
  • Si vous vous placez au niveau du cordon qui barre l’accès au choeur et que vous levez la tête, vous devriez voir apparaître une des rares représentations de celui qu’on soupçonne être Saint-Emilion. Il tient fermement un livre appuyé contre sa poitrine et vous sourit. Il y a trois autres représentations du saint fondateur de la cité disséminées dans l'église. L'une d'entre elles, la plus vieille statue de Saint-Emilion au monde, n'est pas accessible. Elle a été remisée dans une niche gothique sur la gauche du choeur. Elle est très mutilée et représente le saint ermite en costume de diacre peint de trèfles trilobés. Il vous reste une autre statue et un vitrail, tous deux XIXe, à dénicher. Le saint se reconnaît facilement à sa posture : il tient un livre fermé contre son corps et porte la main à son coeur. Le fait que les représentations du saint ermite le montre avec un livre hermétiquement clos, tel Saint Jacques, a donné naissance à une rumeur qui traverse les siècles : le saint est détenteur d'un grand secret et il se pourrait que nous n'ayons jamais encore percé l'énigme du livre fermé[13].
  • De l’autre côté du maître autel, un trésor pointe ses quatre flèches. Le trésor est le nom de ce curieux édifice gothique percé de portes et de trois niches qui servaient à un rituel complexe : une niche contenait les reliques de saint Emilion (et peut-être d’autres saints), une autre une chandelle qui ne devait jamais s’éteindre et une troisième contenait une chaîne qui, partant du trou dans la voute du trésor, s’élevait au dessus du maître-autel et suspendait ainsi une custode[14].
  • Nous consacrons aux vitraux une fiche particulière. Ici, nous nous contenterons de remarquer quelques curiosités. Placez-vous sur le bord gauche du choeur et observez la verrière de droite qui date du début du XVIe siècle (1522 comme la cloche). Elle répond à celle de gauche et nous présente les apôtres avec, pour chacun d'eux, une phrases du Crédo s'inscrivant à leurs pieds. Ce qui est curieux c'est que les phrases ne sont pas attribuées aux "bons" apôtres telles qu'ordinairement dans la liturgie. Pour ceux qui sont persuadés qu'il y a une énigme sacrée à Saint-Emilion, voilà encore un nouveau code à déchiffrer. Pour les autres, cette nouvelle distribution du Crédo ne prête pas à conséquence, soit que le verrier ait eu une copie peu conforme au moment de la conception, soit que le commanditaire ait donné libre cours à sa fantaisie. Autre détail des plus étranges sur cette même partie de la verrière : remarquez la figure de l'apôtre au deuxième vitrail, sur la droite en partant du bas. Il porte des lunettes. Ces bésicles ne sont ni un ajout postérieur ni la coïncidence d'une réparation comme on le croit parfois. L'artiste de la Renaissance a volontairement affublé un apôtre d'une paire de lunettes ![15] Autre vitrail, autre détail insolite ; regardez maintenant la verrière centrale (XIXe) et la composition représentant la Cène. Toutes les auréoles sont dorées sauf celles de Judas dont la teinte traversée par le soleil a été travaillée pour inquiéter le spectateur. Idem pour son visage : l'artiste a opéré une habile distorsion des traits de Judas qui gène imperceptiblement l'observateur.

Réunion de religieux. Réunion à Rome de cardinaux répartis sur les stalles, d'après un manuscrit médiéval. Ces sont des scènes de ce genre qui prenaient vie régulièrement au sein de la collégiale.

  • Les accoudoirs et les miséricordes[16] des stalles, ces sièges en bois pour les chanoines placés des deux côtés du choeur, portaient des sculptures du XVe siècle des plus insolites : dragons, lions, sirène aux cymbales, animaux féroces, licorne avec d’énormes dents, tête au nez tordu se mordant les doigts, des moines, des singes, une tête casquée, un grotesque écartant ses fesses, un autre dans une position acrobatique lui permettant de contempler son derrière, etc. Une partie des sculptures a été supprimée, déplacée[17] ou modifiée à la fin du XIXe siècle en dépit de la vive protestation d’Emilien Piganeau[18]. De plus, les sièges sont le plus souvent baissés, rendant les miséricordes invisibles. On a le plus grand mal aujourd’hui à décoder ces figures qui appartiennent autant à l’histoire anecdotique du temps qu’à l’imagination débridée du sculpteur. Outre leur caractère strictement esthétique, Champfleury[19] voit dans les plus scabreuses les rappels des vices du clergé autant qu’une raillerie des travers des ordres monacaux installés dans la cité. Pour le Comte de Solutrait[20], ce serait plutôt un souvenir de la fête des fous honorant l'âne qui porta Jésus lors de son entrée à Jérusalem. A cette occasion, on chantait un office, puis on faisait une procession solennelle. On s'y livrait à toutes sortes d'extravagances qui montraient parfois tant d’impudeur que l’on finit par les interdire au XVe siècle.
  • L’église possède un autel dédié à Saint Valery, un saint de bonne notoriété locale qui pose toutefois quelques problèmes. François Jouannet[21] rapporte ceci : « Les habitants de Saint-Emilion le croyaient fils de la Vierge, tombé avec le bel oratoire qu'il avait aux jacobins de cette petite ville. Les pèlerins y couraient en foule implorer la guérison de leurs rhumatismes et autres maladies chroniques. Ils prenaient celui de leurs vêtements qui touchait immédiatement au membre affligé ; ils en frottaient saint Valery, s'en frottaient ensuite la partie malade, et suppliaient la Vierge de s'intéresser à leur guérison auprès de son fils. Ces frottements étaient d'un grand revenu pour le couvent. » Notre saint patron local prend parfois les couleurs du paganisme quand on sait qu’il fut aussi très sollicité par les jeunes filles voulant se marier dans l’année et par les viticulteurs désirant bonne vendange. Car, contrairement à une confusion répandue, saint Emilion n’a jamais été le patron des vignerons mais bien plutôt saint Valery. Le saint est représenté par une statue en bois polychrome du XVIeme siècle, provenant donc du couvent des jacobins, et qui mérite une attention particulière. Elle témoigne de l’allure d’un vigneron sous la Renaissance. Voyez comment sa coiffe solidement nouée le protège des intempéries, la serpe et la bêche sont ses outils, une gourde lui assure l’hydratation nécessaire au travail et le chapelet la protection divine. Remarquez aussi les sabots, les chausses, le linge sur l’épaule, la bourse, etc. Saint Valery est un saint très local. En général le patron des vignerons est plutôt saint Vincent. Par prudence, il n'était pas rare autrefois que les habitants de la juridiction donnent à leurs enfants les deux noms de baptèmes à la fois. Ainsi, beaucoup de Vincent-Valery cultivaient nos campagnes, sous la double protection de saints concurrents mais bienveillants.
  • Sur une peinture murale de la nef, la Vierge Marie fait un signe aux visiteurs : elle montre la fresque sur sa gauche. Pour être certain que le spectateur perçoive le message de la vierge, le peintre a allongé l’index. Pendant longtemps on a cru que la vierge reposait ses pieds sur le monde symbolisé par une sphère. Pour Michelle Gaborit[22], ce n’est peut-être pas aussi simple. Un détail du monticule semble figurer un serpent que la vierge écrase. Par ce geste, elle annoncerait la fin du règne de Satan sur terre, se présenterait comme la Nouvelle Eve et apporterait l’espoir d’un monde nouveau par la venue du Christ rédempteur. Quel rapport alors avec les peintures sur sa droite ? On se le demande. La série de médaillons raconte la légende de Sainte Catherine. Difficile de comprendre en quoi la légende de la sainte est connectée à la venue du Christ, sinon qu’elle se maria en songe avec le Christ dans sa prime jeunesse. Par ce mariage mystique et par la conversion en masse qu’elle fit plus tard, sainte Catherine symbolise l’église et, son mariage, celui de l’église avec le Christ. Pour autant nous ne sommes pas plus avancés sur ce que veut nous dire la Vierge et nous espérons qu’un des visiteurs de la collégiale aura un jour une soudaine illumination. Nous consacrons une fiche spécifique sur cette fresque : Le Message des murs.
  • Sur le mur opposé aux fresques désignées par la Vierge, vous trouverez la chapelle Saint Michel. Elle abrite le reste le plus ancien des vitraux et un univers sculpté qui suggère la bonhomie : un gentil chien sourit au visiteur, tandis qu'une femme joufflue le suit du regard et que des oiseaux fantastiques, mi-animaux mi-végétaux s'ébrouent ici et là, des visages au long nez conversent au plafond. Le chose la plus insolite n'est pas, en général, tout de suite remarquée. Regardez le panneau des indulgences peint au XVIIe et cloué au mur : il est couvert d'inscriptions. Elargissez votre champs de vision et voyez comment les murs sont eux mêmes couverts de graffitis, jusqu'à l'embrasure de la porte de la chapelle. Toutes ces signatures et petites phrases sont autant de témoignages laissés par des individus pour lesquels le saint a intercédé avec succès.
  • Au bas de la porte qui mène au cloître, une chatière a été ajourée. Les anciens racontent avec malice que ce trou fut percé pour le confort d'un chartreux qui ne supportait pas la messe. Ce déconcertant chartreux aurait été en réalité un chat appartenant à la sacristine[23] qui filait rapidement de la sacristie au cloître lorsque débutait un office.
  • Sur le mur, à gauche du confessionnal, il y a deux portes murées : elles donnent sur deux passages à l'usage privé des moines. Celle en hauteur permettait aux religieux de rejoindre les cellules du dortoir et celle du bas leur permettait de regagner l'église depuis la salle capitulaire[24]. Il reste encore plusieurs passages dérobés. La porte près de la seconde entrée de l'église s'ouvre sur un escalier à vis qui conduit à une galerie extérieure de l'église, permettant entre autre de la défendre. Une autre porte, sous le porche de l'entrée primitive, ferme un escalier qui conduit au clocher tronqué. Là, une des plus belles cloches du département de la Gironde datant de 1522, affiche ses singularités. Baptisée, la cloche a un nom oublié de l'histoire. Cependant, les trois petits bas-reliefs qui la décorent forment un message pour le connaître. Deux des bas-reliefs se retrouvent sur beaucoup de cloches de cette époque dans le pays : la sainte Vierge et saint Jean séparés par un crucifix, la sainte Vierge portant l'enfant Jésus. En revanche le troisième est inhabituel : saint Michel, armé d'une épée et d'une lance, terrasse le démon. Cette cloche triomphant des forces démoniques s'appelle donc très probablement Michelle.


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Notes

[1] Guide du voyageur à Saint-Emilion, p. 31. Voyez la bibliographie.

[2] Une ville curieuse, p. 85. Voyez la bibliographie.

[3] Arnaud de Pontac (1530-1605), illustre évêque de Bazas, conseiller et ami des rois.

[4] François d'Escoubleau de Sourdis (1574-1628), archevêque de Bordeaux, cardinal et fondateur du collège d'Irlande en 1603. Henri d'Escoubleau de Sourdis (1593-1645), archevêque de Bordeaux et lieutenant général de la marine royale sous Louis XIII.

[5] Louis de Bassompierre (1610-1676) évêque de Saintes.

[6] Abbé et prédicateur à la cour du Roi.

[7] Un motif décoratif en forme de feuille de palmier.

[8] L'engoulant est une sculpture de tête monstrueuse à l'extrémité d'une poutre ou d'une colonne et qui semble avaler cette dernière.

[9] Voyez pour exemple cette intéressante page.

[10] Le pilier qui supporte en son milieu le linteau du portail.

[11] Bien d’autre restant à découvrir par vous-mêmes et non des moindres.

[12] A vrai dire, Léo Drouyn va plus loin. Il voit dans l’église primitive une quatrième coupole sous le porche et une cinquième à l’intersection du transept, supportant un clocher carré. Une disposition qui rappelle la cathédrale Saint-Front de Périgueux. Par une catastrophe indéterminée, tous ces éléments furent détruits selon cet auteur.

[13] Pour Gérard de Sède (voyez la bibliographie, p. 37), ce secret est le nom primitif de la ville, avant l'arrivée de l'ermite.

[14] La custode est une petite boîte ronde contenant les Saintes Espèces nécessaires à l’eucharistie (les hosties).

[15] Le cas n'est pas rarissime cependant. Le bésicle clouant est un élément de l'époque symbolisant le savoir acquis dans les livres. Pas très loin de Saint-Emilion, un vitrail dans l'église paroissiale Saint-Pierre de La Sauve-Majeure nous montre saint Pierre tenant, en même main qu'une bible ouverte, une paire de bésicles (première moitié du XVIe siècle).

[16] La miséricorde est le nom de la petite sculpture au revers du siège sur laquelle on peut prendre appui lorsque on est debout.

[17] Six stalles ont été transférée dans le choeur de l'église de Saint-Etienne-de-Lisse.

[18] In Bulletin de la Socitété archéologique de Bordeaux, tome I, 1874, pp. 35-36.

[19] Champfleury, Histoire de la caricature au moyen âge et sous la Renaissance, Paris, E. Dentu, 1870, pp. 232 & ss.

[20] In Bulletin monumental, tome XVIII, pp. 105-106.

[21] In Statistiques du département de la Gironde, tome I, p. 177.

[22] Peintures murales médiévales de Saint-Emilion, p. 37. Voyez la bibliographie.

[23] Femme qui a en charge l'entretien de l'église.

[24] La salle capitulaire, aussi appelée salle du chapitre, est le lieu où se réunissait ordinairement la communauté religieuse de l'abbaye.