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  • Accès : pour avoir une bonne idée de la déclivité de la rue de la Porte Saint Martin, nous vous recommandons de la prendre au croisement de la rue des Ecoles et de la rue du Couvent, face à la porte Saint-Martin. Elle débouche en bas sur la rue de la Grande fontaine.

C’est par la porte Saint-Martin que partaient les charrettes qui devaient rejoindre le port de Peyrefitte. Elles suivaient le « chemin du milieu », c’est à dire le plus court tracé à travers la campagne pour rejoindre la rivière où les voiliers les attendaient. Ces grands navires qui quittaient les ports gascons pour ramener des cargaisons pleines de barriques avaient de larges cales. Chargées des vins de Saint-Emilion, les coques s’enfonçaient lourdement dans l’océan, obtenant une ligne de flottaison idéale qui assurait au voilier stabilité par mauvais temps et rapidité par beau temps.

En revanche, lorsque ces mêmes navires quittaient les côtes britanniques, ils auraient été bien légers et chancelants si on ne prenait la précaution de les lester. C'est-à-dire les charger d’un poids entassé au fond du vaisseau. Sur les quais des grands ports s’activaient tout un corps de métier, les lesteurs, qui chargeaient les navires d’une cargaison lourde et sans valeur et dont le va et vient procurait une grande animation[1]. Les lesteurs des ports hollandais remplissaient les navires de sable, parfois jusqu’à plus d’un tiers du tonnage.

Une grue en action au port Sur cette enluminure du XVe siècle, un négociant fait gôuter son vin à un marchand au premier plan tandis qu'une grue charge les tonneaux à l'arrière plan. Cliché : Librairie des Colporteurs.

Les navires qui s’aventuraient jusqu’au port de Saint-Emilion en profitant de l’amplitude de la marée, venaient surtout d’Angleterre et étaient donc chargés de pierres. Plus précisément, de gros galets récupérés sur les côtes britanniques, de l’Ecosse au Pays de Galle en passant par les plages irlandaises. Ils abandonnaient ces gros cailloux à hauteur du menhir de Peyrefitte pour les remplacer par les barriques pleines.

La loi était formelle qui interdisait le délestage dans le lit de la rivière ce qui aurait eu pour conséquence de combler la berge portuaire ou de gêner l’écoulement de la Dordogne. Une ordonnance de la marine d’août 1681 obligea même le capitaine du navire à déclarer la quantité de galets à bord. S’il était pris à jeter des galets dans l’eau, le capitaine devait payer une forte amende. S’il récidivait, son navire était confisqué.

Aussi avait-il tout intérêt à laisser les galets déchargés bien visibles. Ces monticules firent le bonheur des terrassiers de la région et Saint-Emilion les utilisa pour paver ses ruelles. Aujourd’hui, ces gros galets venus de côtes lointaines sont la terreur des chaussures à talon et les visiteurs les moins audacieux rebroussent chemin après quelques pas, lents et mal assurés, sur les faces arrondies. Les plus téméraires descendront au pas de course en pariant sur le premier arrivé en bas. A gagné celui qui parvient à toucher la gouttière de l'hôtel en ayant exactement le même nombre de dents au départ et à l'arrivée. Puis ils s'essaieront au même exercice dans le Tertre des vaillants, ruelle perpendiculaire (plus dur). Enfin, ceux qui ne sont pas décidés à mourir aujourd’hui iront à leur rythme, profitant du spectacle des jardins étagés et des anciens habitats troglodytes qu’offrent les rives de cette cascade de galets.


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Note

[1] J. & C. Briot, Le lestage des navires à voiles au Havre, in Neptunia, n° 172, 1988, pp. 15-22.