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  • Accès : il y a deux manières d’approcher la tour du guetteur. Le mieux est de parcourir les deux accès car chacun offre un visage différent de l’édifice. Le premier se fait par le chemin entre les vignes, bordé d’un muret, qui part en bas de la place Bouqueyre ou, en haut, depuis la porte Brunet. Le second se fait en empruntant l’escalette qui descend intra-muros sur la gauche, peu après la porte Brunet.

Depuis la rue de la porte Brunet, je vous conseille vivement de descendre l’escalette bordée de pots de fleurs. Les escalettes de Saint-Emilion sont des petits passages piétons, raccourcis très pittoresques qui font parfois offices de passages secrets. D’ailleurs, l’escalette que je vous propose d’emprunter demeure souvent inaperçue aux yeux des touristes. Vous ne regretterez pas la descente, c’est un des passages les plus charmants de Saint-Emilion et il offre un joli panorama sur la vallée et la ville, sur les petits jardins et sur le mariage étonnant du flanc de la roche et des pierres taillées. Autrefois, cette escalette descendait jusqu’à la rue Guadet, aujourd’hui une grille ferme malheureusement le passage. L’escalette est un accès public, mais qui donne sur l’intimité de jardins privés qu’il vous faut respecter et dans lesquels il n’est bien sûr pas question de pénétrer.

La tour du guetteur en hiver Cette vue de la tour du guetteur sous la neige depuis le sentier des vignes donne une bonne idée de la raison pour laquelle quelques-uns la surnomment "le refuge".

Une perle stratégique.

Vous voici donc au pied de la tour du Guetteur, vue privilégiée sur un des plus remarquables vestiges du rempart du XIIe siècle. Placée à l’est de l’enceinte et au sud de la porte Brunet, elle occupe une position idéale, fruit d’une réflexion intelligente. En effet :

  • La tour permet de surveiller toute la vallée et une partie du plateau.
  • Elle offre aussi un regard sur les mouvements dans la partie sud de la cité.
  • Elle protège la partie des remparts immédiats, plus vulnérables car n’ayant pas de fossés[1]
  • Elle domine la guérite située en avant de l’ancienne porte Bouqueyre (aujourd’hui la petite maison de pierre perchée, sur la place près de la pizzeria) et assure un relais pour donner l’alerte.
  • Elle est elle-même placée sous la protection des tirs depuis la tour de la porte Brunet.

Cette tour du guetteur, qui n’a l’air de rien, est en réalité une petite perle de stratégie défensive. Ce n’est pas la seule tour que possédait l’enceinte car les textes anciens, dont le précis état des lieux de 1540, en référencent plusieurs. Mais c’est un vestige bien représentatif de l’art des bâtisseurs. De là où vous êtes, on distingue parfaitement le travail d’encorbellement qui crée deux niveaux en élévation et légèrement en saillie l’un de l’autre. Du côté opposé, une autre rangée de corbeaux (ces pierres arrondies qui sortent du mur) laisse supposer qu’il y avait encore un étage au dessus. Grace à ces débords successifs, la tour du Guetteur se trouvait légèrement à l’extérieur de l’enceinte, ce qui est un avantage pour défendre, tout en étant solidement ancrée sur le mur.

La tour du guetteur au début du siècle La tour du guetteur au début du XXe siècle avec sa balustrade anachronique. Remarquez aussi la fente de visée au niveau bas, aujourd'hui cachée par les broussailles.

Logis de sentinelle et restaurant panoramique

Les salles semblent isolées les unes des autres, sans doute par sécurité en cas de revers. Ainsi entre-t-on au premier étage par le niveau de la porte Brunet et à l’étage supérieur par le chemin de ronde. L’actuel escalier est une création du XIXe siècle. Le propriétaire de la tour avait même fait installer une balustrade dans le goût de l’époque, ce qui permettait, les dimanches ensoleillés, de faire pique-niquer sans danger toute la famille dans ce qui devait être le plus beau restaurant panoramique de Saint-Emilion. La balustrade a été retirée au milieu du XXe siècle.

On l’appelle la tour du Guetteur car, la jurade assigna une sentinelle, régulièrement relevée, dans l’espace aménagé au premier étage. Son rôle était de veiller en permanence à la sécurité des habitants et leur garantir des journées et des nuits paisibles, surtout pendant les Guerres de religion de la seconde moitié du XVIe siècle. En effet, le sud est le creux vulnérable de l’entonnoir que forme la ville et il n’était défendu que par la porte Bouqueyre, la moins fortifiée des six portes. Garder un œil constamment ouvert sur le point faible de la ville, c’est permettre aux habitants de dormir sur leurs deux oreilles. En quelque sorte, ce que vous voyez là, c’est le système d’alarme du Saint-Emilion médiéval.


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Note

[1] Pas de fossé mais un biais en contrescarpe fait d’un glacis de terre selon Ezechiel Jean, docteur en histoire du moyen âge, lors de propos tenus au colloque du 5 décembre 2008.