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  • Accès : la halle est l'espace couvert qui s'ouvre au bas de la rue de la Cadène, au niveau de la place du marché qui fait face à l'église souterraine.

Au bas de la rue de la Cadenne, dans l’angle de la place du marché, le visiteur découvre avec étonnement cette large place couverte, abandonnée à tous les vents. Un petit panneau indique avec dérision que les déballages sont interdits par la municipalité. Deux boutiques d’artisanat tentent d’égayer l’endroit délaissé qui ne mérite pourtant pas tant de dédain.

Car elle ne manque pas de pittoresque, cette curieuse halle et le promeneur emporte souvent son souvenir avec lui. Les grandes arches plein cintre qui répondent aux moulures gothiques des encadrements des portes et fenêtres ne manquent ni d’allure noble ni de charme médiéval.

Cette place couverte prolongeait jadis le marché qui se tenait face à l’église souterraine. Elle en était la partie protégée qui servait surtout à l’entrepôt et au commerce du grain. Des lattes de bois venaient s’encastrer dans les ouvertures. Elles achevaient de fermer la halle la protégeant des nuisibles, des rapines et des intempéries. On voit encore les parties évidées dans l’embrasure des ouvertures destinées à recevoir les boiseries. Tout un arsenal de boisseaux et autres mesures taillées dans la pierre reposait là, à demeure. Saint-Emilion avait ses propres mesures qui n’étaient pas celles utilisées par exemple à Libourne, sa voisine. De nombreuses tricheries ont donné lieu à autant de procès contre les marchands peu scrupuleux.

Mesures à grains de la halle. Curieuses mesures à grains qui jonchaient le sol de la halle jusqu'au début du XXe siècle. Dessins d'Emilien Piganeau qui demandait, sans succès, une protection de ces boisseaux. Après avoir été remisés dans la chapelle de la trinité, ils sont aujourd'hui visible dans le cloitre de la collégiale.

Il existait plusieurs places de marché dans l’enceinte de la ville, mais celui-ci, dit de la « basse ville », était un des plus animés. Les murs de la halle résonnaient d’un dialecte occitan gascon aux riches accents et aux tournures parfois scabreuses. Montaigne aimait ce langage populaire comme il l’écrit (Essais, I, 26) : « La recherche des phrases nouvelles et des mots peu connus vient d'une ambition puérile et pédantesque. Puissé-je ne me servir que de ceux qui servent aux Halles à Paris. »

On raconte que la petite porte au fond à droite fermée par une chaîne servit de cachot municipal. Ce qui est plus certain c’est que le bel hôtel de l’étage, au bout de l’escalier, fit un temps office de mairie pour partie et occasionnellement de prison pour une autre partie. Des graffitis dans la pierre tendre des ouvertures, de l’autre côté du mur, sont probablement le témoignage éloquent de longues périodes d’incarcération. Cette pièce, aujourd'hui à ciel ouvert, dispose encore d'intéressants éléments comme une imposante cheminée datée de 1494. Ce serait, d'après des textes anciens, la base d'un édifice s'élevant au dessus des toits que l'on trouve qualifié de "tour de la halle"[1].

Un marché au XVIIe siècle. Jour de marché sur la place au XVIIe siècle. Détail d'une huile sur toile non attribuée.

Au XVIIe siècle, la tour du roi et les bâtiments autour servaient encore d’Hôtel de ville. Mais l’exigüité et l’éloignement du lieu du centre de la cité ne tardèrent pas à presser les édiles à lui préférer l’agréable halle. C’est sous ses arcades que se tenaient aux beaux jours les réunions publiques. Il fallut cependant attendre l’écroulement du plancher de la salle des archives en 1720, au pied du donjon, pour que l’on envisage d’installer la mairie au dessus de la halle[2]. Ce ne serait cependant qu’entre 1764 et 1766 que les aménagements des salles de l’étage furent réalisés. Longtemps fermée, la salle est maintenant occupée par un atelier de gravure sur verre dont l'entrée est libre et l'accueil sympathique. Nous invitons donc le visiteur à gravir le bel escalier et visiter l'ancienne salle des édiles.

Au fronton de l’édifice, lorsqu’on est sur la place du marché, on distingue la date de 1765 (certainement l’inauguration de la salle commune) et plus bas, une inscription à moitié dissimulée par un volet : « Vive la Montagne la Répu». Cette phrase brusquement interrompue fut sans doute gravée dans la pierre peu avant la chute de Robespierre (1794). L'inscription lapidaire rappelle avec une cinglante ironie le triste sort des derniers Girondins, traqués jusque dans les murs de Saint-Emilion et finalement exécutés par les partisans de la Montagne.

Sur le plan architectural, la halle attend encore sa monographie. On distingue nettement les plus vieux bâtiments avec leurs ouvertures moulurées, le linteau en accolade ou la fenêtre à meneau, des aménagements postérieurs. L’arc bas des boutiques s’aligne avec l’arc primitif de la halle et l’espace entre les deux bâtiments, une succession de caves voûtées, est visiblement un remplissage. Les destinations premières et les bouleversements successifs de cet espace restent bien mystérieux.


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Notes

[1] D'après E. Piganeau, Bull. Soc. Hist.,1898.

[2] Raymond Guinodie, Histoire de Libourne et des autres villes et bourgs de son arrondissement, tome II, p. 302.