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  • Accès : le grand lavoir se situe au pied de la tour du Roi, rue de la Grande fontaine. De là, prenez le passage qui rejoint le restaurant Le Clos du roy, tournez à gauche et remontez vers la place du marché. Le second lavoir est là, dans son écrin en retrait de la rue de la petite fontaine.

Deux lavoirs sont à découvrir à Saint-Emilion. Le premier, le plus grand, se trouve au pied de la tour du roi. Il est alimenté par deux cannelles de quatre à cinq centimètres d’ouverture qui déversent une eau abondante. Un autre lavoir est à dénicher dans un renforcement de la rue de la Petite fontaine, un peu à l’écart du passage touristique. A la fois plus discret et davantage pittoresque, c’est le lavoir que préfèrent la plupart des visiteurs. Ce second lavoir a été construit dans la seconde partie du XIXe siècle. Avant cela, l’eau se répandait à même la rue, lavant en permanence le pavé et prodiguant en été « une fraicheur aussi agréable que salutaire »[1].

Une rumeur prétend que ce lavoir fut aménagé tardivement pour éviter que les lavandières des quartiers riches (lavoir du Roi) mêlent leurs eaux de linge aux buandières des quartiers populaires (lavoir de la place). Aussi un abri couvert d’une toiture abritait les lessiveuses du grand lavoir tandis que celles du petit lavoir étaient soumises à toutes les intempéries[2]. Aujourd’hui, les deux lavoirs sont couverts.

Il reste probable que la valeur de l’eau du petit lavoir empêchât longtemps son utilisation aux basses taches, tel que le décrassage du linge. Car, cette eau claire provient de la même source que celle qui alimente l’ermitage. Ce serait, d’après la légende, cette eau que fit jaillir le saint ermite lui conférant de la sorte une valeur sacrée. Aujourd’hui, elle est totalement canalisée par un circuit souterrain qui lui fait continuer sa course sous la ville[3].

Notons qu’un troisième lavoir existait dans la vallée de Fongaban, au pied d’une grotte habitée depuis la préhistoire ; une source abondante l’alimentait en toute saison.

Lavoir de la petite fontaine Le lavoir de la petite fontaine au début du siècle d'après une carte postale ancienne. Cliché : Librairie des Colporteurs.

Ces lavoirs ont rendu de grands services autrefois. Le lavage du linge ne consomme en soit que quelques baquets et pouvait se faire dans les jardins de Saint-Emilion, surtout dans la partie haute de la ville qui extrayait l’eau de ses multiples puits. Le rinçage, en revanche, nécessitait de grandes quantités d'eau claire que seuls ces bassins pouvaient offrir. La corvée de linge était du coup plus fastidieuse pour les lavandières du haut qui devaient remonter leur linge.

Le lavage du linge offrait encore au XXe siècle un vrai spectacle. Les buandières, à genoux, jetaient le linge dans l'eau, le tordaient et le pliaient plusieurs fois, le frappaient énergiquement avec un battoir en bois afin d'essorer les grands draps de toute leur eau. Mais ces lavoirs étaient encore des lieux de rencontre et la réputation des lavandières de Saint-Emilion n’étaient plus à faire. Il y avait un ordre et des places à respecter, malheur aussi à celle qui avait mal préparé son linge et qui souillait le bassin. Il fallait alors ouvrir la vanne, évacuer l’eau sale et perdre un temps précieux à attendre le nouveau remplissage en eau claire. Autour de la margelle, on parlait beaucoup. Les rumeurs d’adultère, les secrets mal gardés, les drames partagés, voilà encore ce que l’eau vive emportait avec elle. Mais ces lavoirs signaient aussi le temps de la solidarité. On s’inquiétait de celle qui ne venait pas, on donnait un coup de main au nettoyage du linge des « dos cassés », on faisait la connaissance du « petit dernier » laissé sous la bonne garde de sa grand-mère et on raccompagnait des plus vieilles en poussant leur brouette à linge. De cette société disparue, il ne reste plus rien que leurs lieux de labeur et notre imagination pour les peupler.


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Notes

[1] Actes de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, tome XV, 1853, p. 62.

[2] Si le souvenir de cette hiérarchisation sociale nous a été confié à plusieurs reprises, aucun texte, à notre connaissance, ne vient la confirmer.

[3] L’eau des lavoirs passe dans les rues et sous les petits jardins, le promeneur attentif l’entend ici et là au hasard des regards ouverts dans le sol.