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  • Accès : il vous faut grimper sur le plateau du château Ausone. C'est possible depuis la porte Sainte Marie mais nous vous recommandons de commencer votre promenade à droite de la place Bouqueyre et de suivre la rue de la Madeleine. Ni la chapelle ni la rotonde ne se visitent à moins d'obtenir une permission particulière, mais la chapelle reste bien visible de l'extérieur de la propriété.

C’est une élégante petite chapelle, isolée sur son plateau et entourée de vignes, avec en toile de fond l’imposante demeure du château Ausone. Elle repose sur une multitude de tombes creusées à même le roc, aujourd’hui couvertes par le remblai des vignes mais jadis assassines pour les chevilles du promeneur trop pressé. Ces tombes couvrent le plateau et on peut encore en apercevoir à gauche, près des colonnes du portail d’Ausone, ou bien à droite, lorsque le chemin contourne la propriété.

Ces tombes qui contenaient des dépouilles adultes ou juvéniles, déposées dans les creux taillés aux dimensions du corps et de la tête du défunt, étaient ensuite refermées par des dalles. Cette colline mortuaire existait avant l’installation de la chapelle comme le prouve les murs construits au dessus des cavités et l’orientation des sépultures tournées vers le nord est alors que la chapelle est dirigée vers l’orient.

Intérieur de la chapelle de la Magdeleine Intérieur de la chapelle. Remarquez au sol les tombes creusées avant l'édification de la chapelle. Cliché : Serge Bois-Prevost.

«Au milieu de toutes les merveilles que renferme la ville de Saint-Emilion, la chapelle de la Magdeleine se fait remarquer autant par sa position pittoresque que par la beauté et la simplicité de sa construction.», écrit Léo Drouyn en 1859[1]

Chapelle hors murs de la cité, elle dépendait sans doute d’une église plus importante dont il reste des ruines dans un jardin : Sainte-Marie-de-Fussiniac. Ses chapiteaux rappellent ceux des chapelles de la Trinité et du Chapitre et on peut estimer son édification au commencement du XIIIe siècle. Son style est en tout point roman, ses murs sont entièrement peints et elle était probablement destinée aux veillées funéraires. A la fin du XVIe siècle, elle devint lieu de culte protestant puis, devenue bien national sous la Révolution, elle fut vendue en 1791 et devint propriété privée.

Un petit sanctuaire a été aménagé sous son chevet, remarquable tombeau en forme de rotonde. Malheureusement la main de l’homme et l’érosion en ont détruit les deux tiers. C’est d’autant plus regrettable que la coupole de la rotonde est peinte d’une remarquable scène datant du XIVe. Un puits de jour, percé au centre de la coupole, assurait l’éclairage du sanctuaire. La lumière inondait la coupole faisant s’animer la scène peuplée d’hommes, de saints et de monstres rouges, ocres et noirs. Cette peinture rupestre évoque le jugement dernier, thème particulièrement représenté à Saint-Emilion. On y distingue une ville fortifiée aux ouvertures gémellées comme pour le Palais cardinal et peuplée d’anges : c’est la Jérusalem céleste. A son sommet, le Christ couronne la Vierge.

Cette image symbolique est particulièrement intéressante car elle exprime une problématique propre au style gothique. Considérer que la Vierge Marie puisse être couronnée, c’est admettre son assomption et faire d’elle le premier humain à accéder à la vie divine. Cette interprétation des évangiles très en vogue au XIIIe siècle considère Marie comme reine. Son couronnement associé au jugement délivre un message rassurant : la fin du monde sera une chose terrible mais, comme Marie symbole de l'humanité rachetée, certains humains participeront à la vie de Dieu.

On distingue saint Jacques qui, coiffé d’un chapeau à la place de son auréole et vêtu comme un pèlerin portant coquille et bâton, conduit un élu à la cité, probablement pèlerin lui-même.

Au bas, deux scènes s’opposent. A droite, un cortège d’élus composé d’un roi, d’une femme, d’un enfant, d’un évêque et d’un personnage nimbé, est accueilli par trois anges. A gauche, les damnés nus, en route pour l’enfer, sont pressés par un diable rouge aux énormes pattes griffues. Une corde enlace le groupe, le précipitant dans la gueule du Léviathan. Michelle Gaborit dans ses ouvrages sur les peintures de la chapelle[2] remarque plusieurs singularités : la place modeste réservée au Christ, l’absence de saint Pierre, le rôle important dévolu aux anges, l’absence de résurrection des morts et la mise en valeur de saint Jacques. Autant de particularités qui disent les préoccupations propres à Saint-Emilion : le chemin de Compostelle, la foi en les anges gardiens, par exemples.

Les peintures de la coupole de la Magdeleine Interprétation assez fidèle des peintures de la Magdeleine d'après une carte postale du début du XXe siècle. Cliché : Librairie des Colporteurs.

La présence d’une iconographie aussi élaborée dans un modeste tombeau isolé hors de la cité n’a pas manqué d’intriguer chercheurs et curieux. Pour les uns, il s’agit d’un ossuaire destiné à recueillir par l’orifice les restes des tombes que l’on vidait[3], pour d’autres un espace privilégié pour des reliques[4], un tombeau décoré comme une enluminure de manuscrit[5], etc.

D’autres thèses peu vraisemblables circulent que nous ne reportons ici que pour leur exotisme. Le vocable de Sainte-Marie-de-Fussiniac serait une antique erreur de retranscription : le lieu serait en fait consacré à Sainte-Marie-de-Fustat, du nom de la vieille ville du Caire où une église consacrée à Sainte-Marie, dans laquelle la Sainte Famille aurait logé pendant son séjour en Egypte, devint lieu de pèlerinage. La rotonde souterraine serait un lieu de culte dérobé (d’où son établissent au-delà des murs de la cité) consacré à Marie Magdeleine en qui certains voient l'épouse du Christ. Quant à la Jérusalem Céleste peinte sur la rotonde, elle trahirait le caractère templier de la chapelle...

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Notes

[1] Guide du voyageur, p. 122. Voyez la bibliographie.

[2] Voyez la biographie.

[3] Thèse de Léo Drouyn.

[4] Opinion exprimée par Jean-Luc Piat lors du colloque Ausonius.

[5] Selon Michelle Gaborit.