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  • Accès : le logis de Malet est place Pierre Meyrat, non loin de l’église de la collégiale à l’est de la ville haute.

Le logis de Malet est actuellement fermé après avoir abrité le musée archéologique. L’intérieur ne se visite malheureusement plus sauf à l'occasion d'expositions et plutôt en été. Pour autant, l’extérieur offre des points de vue très différents que l’on apprécie selon que l’on est plutôt « Moyen Age » ou plutôt « Ancien Régime ».

Ceux qui ont l’âme médiévale resteront du côté des douves. Ils feront une pause sur le parvis de l’église au niveau du parapet qui surplombe les douves. Nulle part à Saint-Emilion n’a-t-on meilleure vue pour apprécier la hauteur et l’aspect général des fortifications. L’alignement des murailles offre un bel effet de perspective.

En continuant sur le talus, on se trouve face au logis et on peut apprécier la beauté du toit. « Il s’incline vers la profondeur des fossés voisins par une pente si vertigineuse qu’on se demande presque par quel prodige d’habileté on a pu réussir à placer ces tuiles si parfaitement alignées »[1]

Le logis de Malet et les remparts au XIXe Le logis de Malet dans la perspective des remparts d'après un cliché du XIXe siècle.

Tout aussi intéressant est la vue que l’on a sous l’avant-toit. On distingue très nettement la partie du chemin de ronde crénelé qui passait ici et faisait tout le tour de la ville sur 1 km 5. C’était une véritable ruelle aérienne disposant d’accès aux étages supérieurs des maisons. Ce système défensif est contemporain du logis de Malet et permettait de défendre la ville en passant par les habitations si le besoin s’en faisait sentir. On croit cependant que le fait de se servir les bâtiments civils comme muraille est une initiative antérieure, vraisemblablement contemporaine de la première élévation des remparts au XIIe siècle. Quelques archéologues suggèrent que les maisons n’étaient pas adossées aux remparts mais étaient les remparts. Ils supposent l’existence d’un plan d’urbanisme obligeant les bâtisseurs du pourtour de la ville à fortifier leurs bâtiments et à s’armer.

Et en effet, les archères à bords évasés que l’on distingue plus bas dans le mur semblent indiquer que les propriétaires des maisons à face « rempart » étaient étroitement associés, sinon chargés eux-mêmes, de la défense des murs. On remarque aussi sur ce mur des restes de conduits de latrines et des contreforts dont l’un d’eux est interrompu par le percement de fenêtres modernes. Bien sûr, les fenêtres et carrières représentant des faiblesses dans la fortification sont des XVIIIe et XIXe siècles.

Cette demeure appartenait à un riche propriétaire. On l’appelle le logis de Malet, du nom d’une ancienne famille noble de Saint-Emilion, les Malet Roquefort qui l’occupèrent à partir du XVIIIe siècle, bien qu’ils ne soient pas à l’origine de la construction. Certains descendants des Malet furent suffisamment proches du roi Louis XVI pour partager son carrosse, d’autres Malet périrent sous la Révolution française, d’autres encore embrassèrent la carrière militaire et plusieurs furent maires de Saint-Emilion, nommés par le roi Louis Philippe ou désignés par le suffrage. Aujourd’hui, cette famille est toujours présente à Saint-Emilion où elle produit ses vins et le Comte Léo de Malet Roquefort est propriétaire du Château la Gaffelière.

Lithographie d'Engelman Sur cette belle lithographie de Engelman (début XIXe) on voit au premier plan la porte des Chanoines (ou porte du Chapitre) et à l’arrière plan le logis de Mallet avec sa tour aujourd’hui disparue. Cliché Librairie des Colporteurs.

Au XVe siècle, c’était donc un logis seigneurial, proche de la porte du Chapître, le nouveau quartier chic de Saint-Emilion. Les historiens les plus hardis pensent que la cour du logis traversait la rue actuelle et s’étendait jusqu’à la terrasse en face surplombant la ville (la maison où est gravé « Le Tertre 1747 » n’existant pas) qui était jadis défendue par une muraille crénelée[2].

Une boucle fort sympathique consiste à poursuivre votre promenade par le talus jusqu’à l’interruption des remparts, à l’emplacement de la porte Saint-Martin. De cette placette, on descend dans les douves et on revient sur ses pas jusqu’à un escalier qui ramène en haut. La balade au pied des remparts donne une bonne idée de la difficulté qui attendait les assiégeants (la plupart n’ont d’ailleurs pu entrer dans Saint-Emilion que par fourberie ou ruse). Au passage, remarquez les curieuses toilettes troglodytes coté falaise, la carrière à la croix qui s’enfonce sous la route, le « banc aux bisous » ainsi dénommé car il est le lieu de jeux innocents à l’abri des regards indiscrets ainsi que les diverses cavités qui, chacune, racontent une histoire.

Ceux qui ont plus d’affinité avec le Siècle des Lumières, préféreront l’autre côté avec ses jardins propices à la flânerie. Ils aimeront se promener sous la galerie ornée de macarons feuillus. Les clefs de voute en trèfle ont encore les anneaux où l'on pendait des lanternes illuminant les longues soirées de juin. La façade classique et harmonieuse s’illuminait alors de la lumière ocre des bougies, un air de clavecin couvrait le chant des grillons.

Le Monstre sur le toit

On ne les remarque pas tout de suite, mais au bout des roues de fortune qui ornent le rampant du pignon, deux chimères en acrotères, dont l’une fut malheureusement mutilée, veillent. Rendez-vous côté douve et voyez comment le monstre guette à l’angle du toit, son visage grimaçant tourné vers la bâtisse, prêt à bondir.

Au XVe siècle, ces monstres de pierre rampaient sur les toits car ils ne pouvaient entrer à l’intérieur. La Bestia Maufadente, comme on disait à l’époque, symbolisait le mal en général et la peste en particulier, si redoutée à Saint-Emilion. Bordeaux avait réussi à se débarrasser du monstre, qui logeait dans une tour et soufflait la peste, en lui présentant la crosse de Saint-Martial.

Chimère en Bretagne. En Bretagne, comme ici à Ploumanach, les chimères veillent fréquemment sur les bâtiments religieux isolés. Cliché Pierre-Yves

Ici, la présence des monstres à l’extérieur de la bâtisse signifie qu’ils ne peuvent s’immiscer à l’intérieur, qui est placé sous la protection de Dieu. La tradition veut encore que les gargouilles s’animent seulement quand des hérétiques ou des sorciers s’approchent du logis, aussi leur accordait-on, malgré leur symbolique démoniaque, un rôle protecteur.

Le style du pignon est un gothique flamboyant à crochets, bien que les crochets ressemblent plus à des triscèles. D’ailleurs le style général du logis n’est pas sans rappeler les manoirs de Bretagne, pays d’où est originaire saint Emilian.


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Notes

[1] L’abbé Guiraud, p. 26. Voyez la bibliographie.

[2] Témoignage de l’abbé Guiraud, p. 26. Voyez la bibliographie.