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  • Accès : la place du marché au bois est l'espace qui s'ouvre entre les maisons à mi pente du Tertre de la tente. On peut aussi l'atteindre par une petite rue perpendiculaire à la rue de la Cadène.

Mais c’est oublier que le bois fut jadis un matériau et un combustible de première nécessité, équivalent à la fois du plastique et du pétrole de notre modernité[1].

Le commerce du bois est donc réglementé dès le moyen âge où nombre de forêts de la région proche des villes se transforment de futaies en taillis. L’accroissement de la population de Saint-Emilion concourt à la déforestation des alentours dès le XIe siècle. La construction, le chauffage et les forges créent une demande continue de bois. Le phénomène s’amplifie à la fois avec l’expansion des vignobles et la demande en équipements (barriques, hottes, barques, etc.). On peut aussi imaginer que les fortifications de la ville, sans cesse malmenées, étaient gourmandes en bois. A la fin du moyen âge, les forêts n’occupent plus que 9% du territoire[2], le bas de Saint-Emilion est laissé en palus ou paît le bétail, et la vigne colonise tous les sols du plateau. Dans la vallée de Fontgaban, il existe bien des cultures (les casaus) mais elles produisent essentiellement des choux, du safran et du chanvre[3]. Il n’y a pas d’exploitation forestière.

Le marché au bois attirait moins les particuliers cherchant des provisions en bois de chauffage que les artisans utilisant ce matériau, principalement les charpentiers et les tonneliers. Ils trouvaient là un bois d’oeuvre équarri, le plus souvent prêt à l’emploi. Le bois flotté était récupéré sur les rives de l’estuaire ou des rivières. Le bois de qualité, comme le chêne et le frêne, arrivait principalement par bateaux jusqu’au péage de Saint-Emilion, à hauteur du menhir de Peyrefitte (Saint-Sulpice de Faleyrens) puis par route jusqu’à la cité. On suppose aussi que Saint-Emilion entretenait des relations d’échange avec l’abbaye de La Sauve Majeure à quelques lieues d’ici [4]. Au fil des siècles, la place du marché au bois était devenue un carrefour de négoce très fréquenté.

Place du marché au bois. La place du marché au bois d'après une carte postale du début du XXe siècle.

La configuration de l’endroit n’en reste pas moins curieuse. On a quelques difficultés à expliquer pourquoi un marché d’un matériau lourd au transport s’est installé dans une incommode mi-pente. L’espace lui-même, distribué entre cavités creusées et bâtis anciens, semble avoir eu d’autres destinations. Une petite opération de sondage pour évaluer le potentiel archéologique de la place a montré que des structures sous-jacentes étaient en place. L'archéologue Frédéric Berthault a mis à jour à cet endroit une structure mi taillée mi construite qui pourrait être une latrine du XVIe siècle. [5]. L'aménagement de la place aurait du conduire à un décaissement nécessitant au préalable une fouille sur la totalité de la surface concernée par l'aménagement. C'est pourquoi, l'architecte chargé de la mise en valeur avait préféré s'en tenir à un aménagement de surface ne portant pas atteinte au sous-sol. Le secret de la place reste donc entier conservé sous vos pieds.

Avec le développement des transports et l’industrialisation, le lieu changea de destination. La place du marché, en contrebas face à l’église souterraine, rassemblait autour d’elle les commerces du quotidien (coiffeur, poste, épicerie, etc.) et cette petite place du marché au bois se trouva une nouvelle destination autour de la gastronomie. Les tables de l'hôtel Garret Dussaut (actuellement Logis de la Cadenne) faisait face au début du XXe siècle au restaurant Germaine. C’est à l’ombre des treilles et des glycines centenaires que doucement s’écoulaient les heures de la Belle Epoque. Quant aux jours de pluie, ils servaient de prétexte pour s'abriter dans les caves et déguster le vin réconfortant. L'eau était réservée à la gargouille de la gouttière de l'hôtel qui la vomissait aussitôt dans la rue du tertre de la tente.


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Notes

[1] Jean-Louis Biget, Jean Boissière & Jean-Claude Hervé, Le Bois et la ville - Du Moyen Âge au XXe siècle, Les cahiers de Fontenay, 1991.

[2] Selon Sandrine Lavaud, Maître de conférences en histoire médiévale à l’UFR d’Histoire, Université Michel de Montaigne de Bordeaux 3.

[3] Safran et chanvre furent des particularités émilionnaises.

[4] l’abbaye tire son nom de la grande forêt (sylva major) au cœur de laquelle elle s’établit.

[5] in Archéologie en Aquitaine, n°7, 1988, p. 46. La datation s'est effectuée à partir du verre relativement bien conservé retrouvé dans celles-ci.