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  • Accès : la porte Saint-Martin est à la sortie ouest de la cité. On l'atteint de l'intérieur en remontant la rue éponyme, la rue des Ecoles ou la rue du Couvent. De l'extérieur, il suffit de suivre les remparts : depuis la collégiale, la porte est à l'autre bout du parking dans les douves.

La porte tire son nom du chemin qu’elle gardait, une route conduisant à la paroisse de Saint-Martin de Mazerat. Cette ancienne commune de la juridiction n’existe plus, elle a été rattachée à la ville de Saint-Emilion en 1790. L’ancienne voie de communication avait son importance, elle menait aussi au château de Condat, possession personnelle des ducs d'Aquitaine et lieu de séjour de Edouard, Prince de Galles, fils ainé de Edouard III. C’est dans ce château qu’il maintint prisonnier le Dogue noir de Brocéliande, Bertrand du Guesclin. En 1377, Du Guesclin rasa le château après la prise de la ville de Libourne, ne laissant que la chapelle, toujours visible.

La porte Saint-Martin a été sévèrement mutilée au milieu du XIXe siècle, ce n’est plus qu’une percée étroite dans la muraille, s’ouvrant en V comme une tranche de gâteau. En 1844, prétextant un écroulement et lui accordant peu de valeur patrimoniale, le maire la fait raser. D’après Emilien Piganeau[1] qui se souvient l’avoir vue enfant, la porte possédait des arceaux et ne devait guère être éloignée du style de la porte Brunet. A l’instar de cette dernière, elle devait-être sobrement décorée. Sur la partie droite côté extérieur, vestige du pilier de la porte le mieux conservé, un listel décoré en dent de scie se remarque. Dans le reste des remparts, à droite et à gauche, on distingue des contreforts plats qui indiquent clairement que la porte est contemporaine du reste des fortifications (fin XIIe-début XIIIe). Remarquez aussi l’archère, intacte, dans le mur de droite.

Comme la plupart des portes de la ville, la porte Saint-Martin possédait son ouvrage défensif avancé dont on devine à peine les vestiges dans le mur remodelé du parking. Ce mur demi-circulaire précédant la porte formait une barbacane. Celle-ci permettait à la garnison de rejoindre ce point saillant tout en restant à couvert. En revanche, difficile de dire si le puits que l’on voit dans le mur avait une quelconque existence à l’origine.

Lorsque l’alerte était donnée, une partie des défenseurs grimpait au sommet de la porte via le chemin de ronde dont un des accès est toujours visible dans l’épaisseur de la porte. Derrière la grille, qui en interdit l’accès, on voit encore la frise en saillie qui recevait le dallage du large chemin de ronde. Une ouverture sur le côté de l’escalier donne directement accès dans la maison adossée. Couverts par les tirs amis de la porte, l’autre partie des défenseurs pouvait risquer des sorties, protéger une retraite ou introduire un corps de secours depuis la barbacane. Entre les deux ouvrages défensifs, un pont en bois enjambait les fossés à la place du petit pont de pierre aujourd’hui comblé.

Lou Sourcier Cette face enigmatique est attribuée à un sorcier. L'origine et la datation de cette sculpture est des plus incertaines.

Coté extérieur, les douves sèches filent jusqu’à l’église de la collégiale, passant sous le logis de Malet et offrant une perspective pittoresque sur la portion des remparts la mieux conservée de la cité. L’espace est aujourd’hui converti en parking privé, la place de stationnement manquant cruellement à Saint-Emilion. On remarque en hauteur une restauration offrant un encadrement pour une annonce publicitaire peinte. Voici comment un observateur décrit la perspective en 1874[2] :

« Regardons à notre gauche la ligne murale qui a conservé ici presque toute sa hauteur primitive, quelques créneaux et quelques meurtrières rondes pour les arquebuses, à droite dans le creux du fossé ces masses de rochers devenues en partie des habitations troglodytes comme nous en avons déjà remarquées à la Madeleine, cette autre suite de fossés larges et profonds, tracés, travail surhumain, dans la roche vivace et livrés maintenant à la culture, ces arbustes effleurant leurs bords extérieurs en mariant leur verdure ensoleillée à la tonalité grisâtre des murailles, cette ligne harmonieuse des remparts relevée par le faite aigu de l'ancien logis des Malet de Roquefort et par la façade occidentale de la Collégiale, dans le fond le chemin pierreux d'où émergent encore, au milieu des pampres verts, les grandes murailles, l'horizon bleuâtre qui se confond avec le ciel, enfin une trouée dans la ville protégée de son clocher, voilà un point magnifique que l'on dirait avoir été disposé à plaisir par l'artiste le plus inspiré. »

Sur la droite, un mur est venu barrer les douves, offrant un écrin de verdure transformé en petit parc. Ce petit théâtre de la porte Saint-Martin, discrètement loti au pied de la muraille et complanté d’arbustes, est un lieu privilégié pour pique-niquer. Ici, le rocher rappelle la présence des vagues salées qui jadis léchaient le flanc en créant de petites cavités. Confortablement assis sur un banc, on peut observer le mariage du roc naturel avec le mur du moyen-âge. Si vous laissez trainer votre regard derrière, vous verrez aussi comment l’homme[3] a finement taillé la roche pour diriger l’eau en plusieurs bassins peu profonds qui servaient jadis à la désaltération des bêtes. Peu de visiteurs profitent du lieu, faute d’en connaître l’existence et le charme. Un bon plan donc, si vous voulez marquer une pause dans votre promenade, bercé par le calme et l’ombre fraiche, disposant d’un point d’eau potable à proximité. Et si vous êtes pugnace et méritant, « lou sorcièr », sculpture archaïque d’un autre âge[4], devrait se révéler à vous. Si vous le rencontrez, soyez fier car le sorcier se montre rarement, peu de Saint-Emilionnais peuvent se vanter de connaître son repère...


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Notes

[1] in Bulletin de la Société archéologique de Bordeaux, tome IX, p. 72.

[2] Emilien Piganeau, Op. Cit.

[3] On nous assure que cet espace servit un temps de jardin aux Ursulines. Ce curieux drainage de petits bassins en terrasses est peut-être de leurs mains.

[4] Le style évoque une représentation populaire du XVIIIe siècle.