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  • Accès : la chapelle de la Trinité se situe près de la place du marché, à coté du portail de l’église souterraine. On ne peut y accéder qu'au cours de la visite guidée organisée par l'office du tourisme (Tél. : 33 (0)5 57 55 28 28 - st-emilion.tourisme@wanadoo.fr).

De sa partie XIIIe, il ne reste que l’abside (le fond de l’église) et le début de la nef, hésitant entre vestige roman et style gothique. Cette partie-ci est vraiment belle avec sa voûte rayonnante et sa clef représentant un agneau dans les nuages. L’autre partie a probablement été détruite pendant la Guerre de cent ans, puis remplacée au XVe siècle par une nef plus courte supportant une charpente. Mais il est possible aussi qu’elle ne fût jamais terminée.

La chapelle eut aussi à souffrir de plusieurs affectations : une épicerie s’y installa au milieu du XIXe siècle, puis une tonnellerie à la fin du même siècle. Elle opérait sur des futs imprégnés de matières grasses qui dégageaient une épaisse fumée doublée d’une forte odeur. Les résidus se sont collés pendant des décennies sur les parois de la chapelle, encrassant les peintures murales, sans que personne ne s’en émeuve. Des badigeons à la chaux ont partiellement protégé les peintures qui ont finalement été restaurées en 1996, d’autres peintures ont depuis disparu (le Christ sur les épaules de saint Christophe, un saint en robe de bure).

Table des peintures

1 : Christ en majesté entouré des symboles des quatre évangélistes.
2 : Monstre hybride coiffé de la mitre.
3 : Saint Jean-Baptiste.
4 : Vierge et enfant.
5 : Crucifixion.
6 : Un ange présente un élu à un saint.
7 : Monstres hybrides.
8 : Le Christ sur les épaules de saint Christophe (effacé).
9 : Un saint en robe de bure (effacé).

Sur l’image ci-contre, vous trouverez le décodage symbolique des représentations selon Rosalie Godin[1]. Cette oeuvre artistique, principalement du XIVe siècle, dégage une vraie force et l’observation attentive révèle des détails remarquables. Voici les particularités que nous préférons mais bien d’autres singularités sont à découvrir.

  • Au dessus du Christ, un visage apparaît dans un triangle rouge. C’est l’image du Père et ses pupilles observent la scène. Ses grands yeux s’opposent aux fines lèvres, lui procurant une expression magnétique.
  • Au dessous du Christ est perchée une chimère monstrueuse à queue de serpent, aux pattes de tigre et aux ailes d’aigle. Son beau visage blond est coiffé d’une mitre épiscopale ou abbatiale. Cette irrévérence à l'égard des hauts représentants de l'église n’est pas sans rappeler le bestiaire des stalles de l'église collégiale. La figure du monstre hybride, continuation gothique des grotesques romans, est susceptible de multiples interprétations. Prémonitoire, cette peinture annonce le Grand Schisme d'Occident qui opposera le pape Urbain VI au pape d’Avignon Clément VII[2].
  • A gauche du Christ, l’artiste a tenté de traduire dans sa Vierge à l’enfant une forme d’idéal féminin : les traits gracieux du visage, les longs cheveux voilés, la fleur de lys symbole de pureté et le pli esquissé de la commissure des cuisses renvoient une image sensuelle.
  • Sur les genoux de la Vierge, le Christ debout joue curieusement avec la fibule de sa mère. On retrouve cette composition insolite sur le tombeau de Cosenza en Italie et il s’agit peut-être d'une réminiscence de la Gesta Romanorum, une collection latine de contes du XIIIe siècle, complexes et subtilement codés. Dans un de ces contes est décrit le parfait chrétien sous la forme d’un enfant à qui son père (comprenez Dieu) fait trois présents : l’anneau de la foi, le drap de la charité et le fermail (boucle de vêtement) de la grâce. Il est fort probable que Jésus soit ici cet enfant avec l’anneau dans une main et le fermail dans l’autre.
  • La scène de crucifixion utilise une grammaire picturale qui accentue le caractère dramatique de l’instant, comme l’a parfaitement mis en lumière Rosalie Godin. Voyez comme la couleur rouge foncé du fond, la maigreur soulignée du Christ, l’énorme clou qui transperce ses pieds, les mains volumineuses, les larmes qu’essuient saint Jean, tout participe à une poétique émouvante de la douleur.

Dehors aussi

La beauté intérieure de cette chapelle a tendance à occulter ses atours extérieurs. Certes, une maison est venue s’y accoler au XIXe siècle en dépit du bon sens et les modillons ont été fortement mutilés. Il faut tout de même prendre quelques minutes sur le parvis de l’église souterraine pour embrasser quelques jolis détails de cette chapelle.

  • Six colonnes, des contreforts prévus pour porter la corniche, s’interrompent en cours de route. Des contreforts plats prennent le relais pour le reste de chemin à parcourir, donnant une figure inédite et pittoresque au mur. Il y a fort à parier que les constructeurs avaient prévu une hauteur particulière et qu’on les a obligés à surélever un peu plus le mur en cours de chantier. Au final, le résultat est plutôt élégant.
  • Remarquez comme les baies en arc brisé qui font entrer la lumière dans la chapelle forment une trinité : les deux baies de chaque côté se rapprochent de la baie centrale quitte à ne plus être centrées entre les colonnes, comme si celle du milieu les attirait à elle.
  • Les frises décoratives, les modillons et les corbeaux sont finement sculptés et offrent une légèreté toute esthétique : on y voit par exemple un visage joufflu que coiffe une pléiade de boucles, sur l’autre versant la tête hideuse d’un monstre qui lance ses grimaces arrogantes aux passants. Pour ceux qui ont la chance de demeurer une journée entière dans la cité, voir s’animer tout ce petit peuple de pierre au gré de la course du soleil et de la danse des ombres est un joyeux régal.
  • Enfin, au dessus de la partie voûté en berceau, est perché un petit clocher. Une rainure avait été prévue au pied d’un des pilastres pour faciliter le passage de la corde.


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Notes

[1] Rosalie Godin, restauratrice des Monuments historiques, in Peintures murales médiévales de Saint-Emilion, p. 97. Voyez la Bibliographie.

[2] Voyez au sujet des monstres hybrides coiffés : Nathalie Nabert, Le Mal et le diable, pp. 156 & ss.