Podcaster votre visite !





  • Accès : le Couvent des Ursulines se situe sur les hauteurs de Saint-Emilion, derrière la tour du Roi. C'est un ensemble de bâtiments situé contre la porte Saint-Martin, entre les remparts et la rue du Couvent.

Jouxtant la porte Saint-Martin, adossée au rempart et dominant le plateau, le couvent des Ursulines s’étend sur une parcelle de choix qui fut de tout temps occupée. Il manque une étude approfondie sur ce périmètre mais déjà le chercheur Ezéchiel Jean l’envisage dans l’oeuf ovalaire primitif, ce qui pourrait être la première implantation fortifiée de la cité. Peu de traces de cette occupation antérieure restent visibles, si ce n’est le mur extérieur coté remparts avec son chemin de ronde, des restes de fenêtres gothiques et un arc plein cintre rue du Couvent, une jolie porte de service comblée dans le muret d’enclos et un souterrain refuge à proximité. Pour le reste, les bâtiments ont été fortement modernisés.

Le Couvent des Ursulines en hiver La façade du couvent des Ursulines au beau milieu de l'hiver. Cliché : Librairie des Colporteurs.

Saint-Emilion a toujours attiré les nouveaux ordres religieux comme les Dominicains au XIIIe siècle. La Compagnie de Sainte-Ursule est beaucoup plus récente, elle a été fondée en 1535 à Brescia en Lombardie (Italie) par Angèle Merici. Approuvé par le pape Paul III en 1544, et par le pape Grégoire XIII en 1572, l'Ordre des Ursulines, dont le but principal était la distribution gratuite de l'enseignement aux filles des classes pauvres, ne tarda pas à s’implanter en France.

L'un des premiers à propager l’Ordre en France fut François de Sourdis, célèbre cardinal-archevêque de Bordeaux. Sous son impulsion, s’ouvriront un couvent à Bordeaux, à Libourne (1606), Bourg-sur-Gironde et Saint-Macaire (1607) puis Saint-Emilion. Celui de Saint-Emilion est créé le 1er juin 1630 par Mademoiselle de La Croix. Il abrite alors 18 religieuses qui servent à l’instruction des jeunes filles de la ville et de la juridiction.

Si un couvent de femmes peut s’installer en toute quiétude dans une grande ville, il en alla différemment dans la petite ville qu’était devenue Saint-Emilion au XVIIe siècle. Surtout qu’au moment de leur installation, les Cordeliers ne sont plus que quatre et les Dominicains réduits à deux frères seulement[1]. Instruire les filles ne fut pas du goût de tous et les Ursulines durent la résolution des diverses tracasseries au réseau influent qu’elles formaient, notamment avec le couvent des Ursulines de Libourne et de Périgueux. On voulut même leur interdire de dire la messe, sans succès[2].

Image populaire des Ursulines Image populaire montrant Angème Mérici, fondatrice de l'ordre, enseignant aux enfants. Cliché : Librairie des Colporteurs.

Le sort lui-même les soumit à rude épreuve. Peu après le début de l’enseignement, une épidémie de peste s’empara du diocèse et vida les classes. Si en 1633, le couvent des Ursulines de Saint-Emilion n’accueillait plus que huit écolières, il en comptait 80 dans ses murs avant le terrible fléau.[3]. L' enseignement était particulièrement de qualité à Saint-Emilion où des maîtres de latin intervenaient pour parfaire l'éducation des jeunes filles. Ainsi, à peu de frais, les familles pouvaient doter leurs enfants d'un appréciable bagage culturel.

A la Révolution, c’est l'archiprêtre d’Entre-Dordogne Letellier, curé de Saint-Magne, qui représente les soeurs. Mais il n’empêchera pas que l’ordre soit interdit en 1792 et que l’immeuble soit vendu comme bien national après la Révolution. A l’époque un inventaire dresse l’état des lieux : une église, deux sacristies, un corps de logis sur lequel s'appuyait le cloître, plusieurs autres bâtiments, et le pensionnat composé d'appartements, de chai à bois et à paille, ainsi que des abris à cochons, un puits, jardin et une cour. Le 7 août 1795, l’aumônier des Ursulines est exécuté. Puis la gendarmerie prend possession des locaux et s’y installe. Lorsqu' on monte le grand escalier du hall, on peut encore voir à l’étage « prison des hommes » inscrit à la peinture sur le linteau d’une porte donnant accès à une pièce éclairée par une fenêtre barrée de fers.

Lorsque la Gendarmerie nationale quitte les lieux, le site est transformé en propriété viticole. Le Couvent, un des premiers crus de Saint-Emilion, profite à son tour de l'enclos de l’ancien couvent des Ursulines. Les rangs de vigne sont plantés là ou jadis les soeurs avaient quelques cultures. Dans la roche près du rempart, un grand escalier est percé et rejoint les carrières que l’on aménage en vastes caves. Enfin, on ajoute le pressoir et les cuves dans un bâtiment accolé aux remparts qui, partant de la route en contrebas, dépasse sur le clos du couvent. Une grande enseigne plantée dans l’enclos et des peintures murales annonçaient fièrement le cru au milieu du XXe siècle.

Les derniers pieds de vigne ont disparu il y a quelques années seulement et, délaissé par ses propriétaires, le bâtiment s’enfonce aujourd’hui dans une triste ruine.

Les Ursulines sont supposées avoir fabriqué les fameux macarons de Saint-Emilion. Voyez la fiche consacrée à cette question qui continue celle-ci.


Le Guide de Saint-Emilion

Aidez nous à maintenir le site ouvert à tous, sans publicité et gratuit.
Commandez notre guide de Saint-Emilion (12€, envoi gratuit) au format pratique et tout en couleur.
Ou faites un don de quelques euros en cliquant sur le lien dans la colonne de droite.

Merci, et n'oubliez pas de passer nous voir à la Librairie des colporteurs, 5 rue de Thau à Saint-Emilion.

Des questions ? Ecrivez nous !

Notes

[1] Annales du Midi, vol. 111, E. Privat, 1999, p. 450.

[2] Jean Cavignac, La propagande écrite et orale des prêtres réfractaires en Gironde in Diffusion de l'information et du savoir de 1610 à nos jours, CTHS, 1983, p. 195.

[3] Ernest Allain, Contribution à l’histoire de L'instruction primaire dans La Gironde avant la Révolution, Bordeaux, Féret et fils, 1895, p. 52.