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  • Accès : les peintures sont à l’intérieur de l’église collégiale, sur le haut Saint-Emilion, derrière l’office du tourisme.

L'église collégiale étant d’une grande sobriété décorative, on a longtemps ignoré la présence de peintures sur les murs. C’est en retirant, au milieu du XIXe siècle, une boiserie formant un dossier que la vierge apparut sur le mur, révélant la présence de fresques. L’étonnement fit place à l’émerveillement : là, prisonnier sous un badigeon de chaux, devait sommeiller depuis des siècles tout un univers coloré. C’est d’ailleurs la présence de la boiserie qui fit que la vierge ne fut pas elle-même badigeonnée.

Aujourd’hui, ces peintures nous apparaissent avec leurs couleurs extraordinairement vives, à peine restaurées et presque intactes depuis le XIIIe siècle. Elles révèlent les techniques médiévales de colorisation, particulièrement maîtrisées comme on le constate dans la richesse du nuancier de la couleur ocre qui forme l’auréole. Michelle Gaborit a consacré une riche étude à ces peintures dans un ouvrage auquel nous vous renvoyons dans notre bibliographie.

L’index de la Vierge

Vous ne pouvez pas rater l'image de la Vierge, elle est peinte sur toute la longueur d’un pilastre de la nef, déployant son étrange physionomie. « Je ne connais rien de sévèrement religieux comme cette solennelle figure » confiera Léo Drouyn. Pour autant, si on focalise plus d’une minute son attention sur les plis des lèvres, une sorte d'illusion d’optique se produit et la bouche semble s’animer d’un étrange sourire. Sa présence ici est une clef que nous allons tenter de décoder ensemble. De la main gauche elle relève son manteau à la taille et de la main droite elle montre une direction. Pour être certain que le spectateur perçoive le message de la vierge, le peintre a allongé l’index de la main droite, une convention fréquente dans l’art roman. La Vierge arrête donc le visiteur pour lui indiquer la scène peinte à proximité sur sa droite. Voyez comment le petit personnage agenouillé en prière aux pieds de la vierge[1] suit lui aussi ce commandement et se tourne de profil.

Pendant longtemps on a cru que la vierge reposait ses pieds sur le monde symbolisé par une sphère. Pour Michelle Gaborit, ce n’est peut-être pas aussi simple. Un détail du monticule semble figurer un serpent que la vierge écrase. Par ce geste, elle annoncerait la fin du règne de Satan sur terre, se présenterait comme la Nouvelle Eve et apporterait l’espoir d’un monde nouveau par la venue du Christ rédempteur. La venue prochaine de ce dernier serait annoncée par la main gauche relevant la robe. Il est donc possible que ce que nous montre la Vierge soit corrélé avec l’Apocalypse et le retour sur terre du Christ.

Sainte Catherine. L'église catholique a toujours usé de codes et symboles, des paraboles du Christ à l'iconographie allégorique. Dans cette représentation médiévale, nous reconnaissons sainte Catherine à la roue qui la suit, indiquant son martyr. Source : manuscrit 501 de la bibliothèque Mazarine.

Quel rapport alors avec les peintures sur sa droite ? On se le demande. La série de médaillons représente des scènes qui se situent dans le ciel. Les lignes ondulées autour des scènes sont des nuages schématisés, un code du moyen âge pour indiquer les cieux. Les quatre médaillons racontent la légende de Sainte Catherine. Maxence (Maximinus), empereur de Rome, préside une grande fête païenne à Alexandrie lorsque la jeune fille tente de le convertir au christianisme ce qui provoque sa colère. Pour la mettre à l'épreuve, il lui impose un débat philosophique avec cinquante savants, mais au grand dépit de l'empereur, elle réussit à les convertir. Maxence les fait exécuter et demande à Catherine d’adorer les idoles en échange de quoi, l'empereur répudie son épouse et prend la belle Catherine pour nouvelle impératrice. Elle refuse, il la jette en prison. C’est le premier médaillon : sainte Catherine y est nourrie par un ange. Rendant visite à la sainte, l’impératrice est témoin de l’intercession de l’ange et se convertit au christianisme.

Dans le second médaillon, le diable conseille à Maxence de condamner Catherine au supplice. Dans le troisième médaillon, la roue garnie de pointe qui devait déchiqueter le corps de la sainte se brise à son contact et les pointes aveuglent les bourreaux. L’intervention de Dieu est symbolisée par le glaive.

Dans le quatrième et dernier médaillon, Catherine et l’impératrice s’étreignent avant qu’on ne coupe la tête de la sainte d’un coup d’épée. Elle meurt ainsi, âgée de dix neuf ans.

Difficile de comprendre en quoi la légende de la sainte est connectée à la venue du Christ, sinon qu’elle se maria en songe avec le Christ dans sa prime jeunesse. Par ce mariage mystique et par la conversion en masse qu’elle fit plus tard, sainte Catherine symbolise l’église et, son mariage, celui de l’église avec le Christ. Pour autant nous ne sommes pas plus avancés sur ce que veut nous dire la Vierge et nous espérons qu’un des visiteurs de la collégiale aura un jour une soudaine illumination.

D’autres peintures à dénicher.

A vous de jouer. Ouvrez l'oeil, voici les autres fresques à retrouver :

  • Sainte Marguerite triomphant du dragon et sainte Catherine avec sa roue brisée (début XVIe). Indice : cette fresque est comme une frise que ferment les saintes, une à chaque extrémité.
  • La Présentation de la Vierge au Temple et la Visitation et la reconnaissance de Jésus dans le ventre de Marie par Elisabeth (début XVIe). Indice : les scènes sont vraiment très éffacées mais si vous avez trouvé Sainte Marguerite et Sainte Catherine, il vous suffit de lever les yeux.
  • Saint Benoît pratiquant un exorcisme (deuxième moitié XVIe). Indice : des petits démons s'échappent de la tête des exorcisés.
  • Saint Michel terrassant le dragon (deuxième moitié XVIe). Indice : le dragon a disparu mais l'armure reste étincelante.
  • Une sainte lisant un ouvrage (deuxième moitié XVIe). Facile.
  • Une remarquable scène de crucifixion (XIIIe ou début XIVe) avec un intéressant parti-pris artistique. Indice : pas facile à trouver, n'hésitez pas à prendre un peu de hauteur.
  • Une Vierge à l’Enfant (XIIIe ou début XIVe). Indice : proche du Christ.

D’autres peintures sont justes esquissées, d’autres encore étaient visibles au XIXe siècle et ne le sont plus car un badigeon récent les recouvre, d’autres enfin sont au contraire à découvrir sous les anciens badigeons.

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Note

[1] Probablement un chanoine de la collégiale commanditaire des peintures.